À 42 ans, elle a oeuvré pour les grands films d’époque, connaît les podiums de mode, fait partie de l’équipe de la Haute Coiffure Française, voyage aux quatre coins de la planète comme ambassadrice de l’Oréal professionnel France. Pour cette citoyenne du monde, la coiffure est un art éphémère, exigeant un talent et une patience considérables. Ses chignons et ses constructions éthérées séduisent tous les pros.
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Elle est menue, la peau matte et le cheveu en bataille, l’allure méridionale avec ce chic naturel, la gouaille évidente. Petite, elle impose d’office sa personnalité forte, dans un monde où les tendances se suivent sans se ressembler. Pour Laetitia, la coiffure se veut art ; elle explore ainsi les grands univers dédiés à l’image, la beauté, l’insolite où les créateurs ont besoin de se transcender pour flirter avec la perfection. Rencontre en coulisses, avec une ambassadrice de chic et choc, au franc-parler, dont les coiffures volumineuses font chavirer bien des têtes.
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Traditionnel : obtention d’un CAP, puis d’un brevet et ouverture d’un salon de coiffure. J’ai franchi toutes les étapes du coiffeur, de la petite main à celle de manager. Puis, je me suis sentie cloisonnée ; j’ai largué les amarres pour me consacrer pendant dix ans aux films d’époque. Je me suis éclatée, avec des personnalités comme Claude Chabrol, Antoine de Caunes, Peter O’Toole… J’ai tout osé, créé des perruques, joué sur la couleur. Ma réputation s’est construite autour des cheveux longs, mais j’adore la coupe très technique. Je me suis frottée au dur métier des podiums, avec des noms célèbres comme Armani, Nina Ricci, Yves Saint Laurent… L’Oréal Professionnel m’a approché, il y a quatorze ans ; je travaille pour cette maison 90 pour cent de mon temps. Parfois un film, pas plus d’un par an, car les tournages durent en moyenne quatre mois. Je sillonne le monde entier pour présenter les nouvelles collections : la Corée, le Japon, La Côte d’Ivoire, la Russie... 65 pays jusqu’à ce jour…
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Les anciennes zones de l’Est, comme la Russie ou la Pologne. Les coiffeurs de là-bas ne vivent pas dans une société de l’acquis facile; avec peu de choses, ils apprennent à se débrouiller et deviennent très créatifs. Par certains côtés, ils ressemblent à des enfants sans cesse émerveillés, curieux, actifs, dans la recherche incessante.
Je remonte aux sources de l’idée. Cet automne met en évidence la gourmandise, les coloris chocolat. Je suis partie à la recherche du peuple qui découvrit la fève de cacao, les Mayas, dont j’ai étudié la culture. J’ai ensuite travaillé la matière. Le chocolat prend diverses textures : une boule de glace, un moelleux, une mousse. J’ai essayé de les traduire dans une même coiffure, mêler un esprit arrondi et lisse à une structure plus frisottante, opposer un aspect mat et un côté glacé.
Je mentirais en répondant oui. Je suis moins sensible à certaines idées ; cela se ressent au niveau de mon enthousiasme et de mes créations. Cette dernière collection m’a énormément inspirée par le travail des nuances, des textures, des volumes.
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Elle m’a permis de rêver, d’exceller et de réussir, en me fournissant des moyens exceptionnels, me donnant confiance en moi-même. Je n’aurais jamais réalisé ce même chemin seule.
J’aurais pu être larguée, vous avez raison. Les coiffeurs avec qui je suis en contact, me nourrissent sans cesse des demandes de leur clientèle. Je deviens le porteparole de certaines de leurs exigences.
L’imagination est un muscle que l’on fait travailler, au même titre que la mémoire. Je suis payée pour me concentrer sur la création… Sur ce, les tendances s’accélèrent, je n’ai pas toujours le temps de porter une collection, que déjà j’en aborde une autre. Parfois je suis frustrée…
J’aime le baroque allié à un esprit contemporain. L’art du chignon est précieux et délicat ; deux modèles ne se ressemblent jamais. Chaque création suppose une part d’inattendu. Elle exige un sens de la construction, mais aussi de la débrouille pour trouver les éléments de soutien à cet échafaudage. Vous ne pouvez pas vous imaginer nos trouvailles !
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Question de temps, mais aussi le désir des stylistes de ne pas détourner l’attention du vêtement. Nous restons des créateurs de l’ombre, comme l’étaient les réalisateurs de cinéma, il y a une décennie.
Une première expérience exaltante. Les Belges sont très à l’écoute, curieux de tout, s’enthousiasment, travaillent énormément dans l’éveil des sens, la quintessence de la collection automnale. Je leur transmets quelques ficelles pour réaliser les coiffures, comme les soudures, les peintures au pistolet. Chacun des trois possède une vraie personnalité, interprète les tendances de la HCF avec leur sensibilité.
Claude Muyls,
Rédactrice en Chef
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